Vous pensiez que coudre, repriser et réparer étaient des activités d’un autre temps ? Détrompez-vous ! Aux États-Unis, de plus en plus de jeunes poussent la porte des Repair Cafés, tandis que les activités manuelles font un étonnant retour en force. Trois figures de proue américaines nous expliquent pourquoi le plaisir de réparer est si contagieux.
« Le Repair Café a littéralement changé ma vie », raconte Elizabeth Knight, coautrice du livre Repair Revolution et à l’origine de deux Repair Cafés. Nous échangeons avec elle lors d’un appel vidéo, en compagnie de Suzie Fromer et Don Fick, deux autres figures clés du mouvement des Repair Cafés aux États-Unis. Suzie Fromer est coordinatrice du Repair Café chez Repair Café Hudson Valley, un réseau qui fédère 75 Repair Cafés dans l’État de New York. Don Fick est directeur général de Repair Café North Carolina. Il est également à l’initiative d’un rendez-vous Zoom mensuel au cours duquel les organisateurs de Repair Cafés partagent leurs expériences. Quelles tendances ces trois figures centrales observent-elles dans le mouvement de la réparation aux États-Unis ?
La pandémie, un électrochoc
Trois ans après l’ouverture du premier Repair Café à Amsterdam en 2009, le concept a fait son arrivée aux États-Unis. Si l’Europe reste le continent qui compte le plus de Repair Cafés, leur nombre progresse lui aussi rapidement aux États-Unis, avec désormais plus de 250 initiatives. Don Fick constate également un regain d’intérêt depuis la pandémie. « Avant, nos rencontres de réparation étaient assez modestes, avec une dizaine de bénévoles et entre 30 et 40 visiteurs. À mon avis, la pandémie a marqué un tournant. Pour la première fois, les gens ont été confrontés à des rayons vides dans les magasins. Cela a peut-être été un wake-up call : remplacer systématiquement les objets par du neuf à bas prix n’est pas toujours possible. Depuis, nos événements attirent entre 120 et 180 visiteurs à chaque édition. »

La génération Z veut coudre, tricoter et crocheter
Parmi les visiteurs, on trouve de plus en plus de jeunes. Elizabeth Knight fait le lien avec le retour en force des activités manuelles auprès de la génération Z. « The New York Times publie des articles expliquant que la couture, le tricot et le crochet sont de nouveau très tendance, surtout chez les adolescents. Ils cherchent à faire une pause avec les écrans et à apprendre des savoir-faire pratiques, concrets, qui se font avec les mains. » Suzie Fromer le confirme : « Le visible mending, par exemple, est très populaire. De loin, les réparations les plus fréquentes dans notre Repair Café concernent les textiles et sont réalisées à la machine à coudre. » Elizabeth poursuit : « Des mères déposent leurs ados curieux au Repair Café pour qu’ils puissent apprendre en observant nos réparateurs. »
Des jeunes au Repair Café de Jersey City
Les Repair Cafés partagent leurs expériences sur Zoom
La digitalisation n’épargne toutefois pas les Repair Cafés. Pendant la pandémie, Don Fick a commencé à organiser des rencontres de réparation hybrides, accessibles à la fois en présentiel et en ligne. En 2023, il a lancé le Repair Economy Organizer Open Zoom, une rencontre numérique mensuelle consacrée à des questions très concrètes : comment trouver un lieu adapté pour son Repair Café ? Et comment gérer les bénévoles difficiles ? « J’appelle parfois cela la machine à café virtuelle : des collègues s’y retrouvent pour poser des questions et partager leurs expériences. Les Repair Cafés qui débutent peuvent notamment en tirer beaucoup de bénéfices », explique Don.
Le Repair Café peut changer une vie
Qu’est-ce qui pousse ces figures clés à consacrer autant de temps et d’énergie au mouvement de la réparation ? « C’est un peu addictif ! Même si j’ai un emploi à temps plein, je consacre aussi du temps au Repair Café tous les jours », confie Don. « Pour moi, c’est une question d’empowerment. Les gens ont trop souvent le sentiment d’être impuissants. En les encourageant à prendre un tournevis, on leur montre qu’ils peuvent, eux aussi, faire la différence. » Suzie aime aider les gens. « Un Repair Café est un endroit formidable pour constater concrètement l’impact que l’on peut avoir sur une communauté. »

Don souligne également l’impact social des Repair Cafés. « La solitude semble être le grand mal de notre époque. Nos rencontres réunissent des personnes d’âges et d’horizons différents. Cela crée un véritable sentiment de bien-être à la fin de la journée. » Elizabeth réagit : « Au Repair Café, les gens peuvent se rencontrer facilement, sans jugement. La question centrale n’est pas “quel est votre métier ?”, mais “quel objet avez-vous apporté ?” »
Son engagement au sein du Repair Café a littéralement changé sa vie, raconte-t-elle à la fin de l’entretien. « J’ai rencontré tellement de personnes gentilles et serviables qui sont devenues des amis. Et lorsque le directeur des onze bibliothèques de Jersey City a appris, lors d’une réunion de quartier, que j’avais créé le Repair Café de notre ville, il m’a proposé un emploi sur-le-champ ! »

En savoir plus
- Consultez le site repaircafe.us pour en savoir plus sur les Repair Cafés aux États-Unis ;
- Participez à la réunion Zoom du Repair Economy Organizer Open Zoom, organisée le troisième jeudi de chaque mois. Tout le monde est le bienvenu. Vous trouverez l’événement Monthly Repair Economy Organizers Virtual Shop Talks sous le calendrier ;
- Lisez l’un des articles consacrés aux adolescents et jeunes adultes qui veulent se mettre à la couture auquel Elizabeth fait référence.


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